Gestion

Calculer la marge réelle d'un chantier, poste par poste

Beaucoup d'entreprises du bâtiment connaissent leur chiffre d'affaires et découvrent leur marge une fois par an, chez le comptable. Voici comment la calculer par chantier, pendant le chantier.

MGMathis GaschardFondateur d'Aeon SystemsPublié le 4 min de lecture

Deux chantiers au même chiffre d'affaires peuvent cacher deux réalités opposées : l'un dégage 15 % de marge, l'autre en perd 5. Une entreprise qui ne mesure pas sa marge par chantier ne sait pas lesquels de ses clients, de ses types de travaux ou de ses conducteurs gagnent de l'argent. Elle pilote au chiffre d'affaires, c'est-à-dire à l'aveugle.

Le calcul n'a rien de sorcier. Il demande surtout de la rigueur sur ce qu'on compte, et où.

Le déboursé sec : ce que le chantier vous coûte directement

Le point de départ, c'est le déboursé sec : la somme des coûts directement consommés par le chantier.

  • Main-d'œuvre : les heures pointées sur le chantier, valorisées au coût horaire chargé (salaire brut + charges patronales + paniers, trajets, primes), pas au taux facturé. Un compagnon payé 14 € brut de l'heure coûte réellement autour de 20 à 25 € chargés selon les conventions et avantages.
  • Matériaux et fournitures : tout ce qui a été acheté ou sorti du stock pour ce chantier.
  • Sous-traitance : les factures des sous-traitants affectées au chantier.
  • Matériel : location de matériel, ou quote-part d'utilisation des machines en propre.

La qualité de ce calcul dépend entièrement de la discipline d'affectation : des heures et des achats rattachés au bon chantier, au fil de l'eau. C'est tout l'objet du suivi de chantier.

Les frais de chantier et les frais généraux

Au déboursé sec s'ajoutent les frais de chantier (installation, benne, compte prorata, nettoyage) puis la quote-part de frais généraux : le loyer de l'atelier, les véhicules, l'assurance, le temps administratif, le salaire du dirigeant. Ces coûts existent que le chantier ait lieu ou non, mais chaque chantier doit en absorber sa part.

La méthode courante : calculer votre coefficient de frais généraux sur l'année écoulée (frais généraux totaux rapportés au total des déboursés secs) et l'appliquer à chaque chantier. Une entreprise dont les frais généraux représentent 25 % des déboursés doit majorer chaque déboursé sec de 25 % pour connaître son coût de revient complet.

La marge, enfin

À partir de là, deux chiffres :

  • Marge brute = prix de vente HT du chantier moins déboursé sec. Utile pour comparer les chantiers entre eux.
  • Marge nette = prix de vente HT moins coût de revient complet (déboursé sec + frais de chantier + quote-part de frais généraux). C'est elle qui dit si le chantier a réellement enrichi l'entreprise.

Une marge nette positive de quelques pour cent est le lot courant du bâtiment. C'est précisément pour cela que les dérives silencieuses (heures non comptées, avenant non facturé, reprise gratuite) suffisent à faire basculer un chantier dans le rouge.

La calculer pendant, pas après

Le calcul en fin de chantier constate. Le même calcul en cours de chantier permet d'agir. La logique : à chaque instant, comparer la part du budget consommée à la part du chantier réellement avancée.

Un exemple. Un chantier vendu 40 000 € HT, avec 22 000 € de déboursé sec prévu. À mi-parcours, l'avancement réel est de 50 %, mais les pointages et les achats montrent 14 000 € déjà consommés, soit 64 % du budget. Si rien ne change, le déboursé final atteindra environ 28 000 € : la marge prévue a fondu de 6 000 €, et vous le savez pendant le chantier, quand il est encore temps de resserrer les heures, renégocier une fourniture ou facturer l'avenant qui traîne.

Ce qu'il faut pour que ça tienne dans la durée

Ce suivi ne tient que si personne ne doit ressaisir quoi que ce soit : les heures viennent du pointage, les achats des bons de commande et factures fournisseurs, le budget vient du devis. Quand ces données vivent dans le même outil, la marge par chantier est un écran qu'on ouvre, pas un fichier qu'on reconstruit. C'est ce que fait StrucTime : le devis fixe le budget, le terrain alimente le réel, et la marge de chaque chantier se lit en direct, pendant qu'on peut encore la défendre.

Questions fréquentes

Quelle marge nette viser dans le bâtiment ? Il n'y a pas de chiffre universel : cela dépend du corps de métier, de la taille et de la part de fournitures. Le bon réflexe n'est pas de viser un chiffre magique mais de connaître votre marge réelle par type de chantier, et de la faire progresser.

Faut-il inclure le salaire du dirigeant dans le calcul ? Oui, dans les frais généraux (ou dans la main-d'œuvre s'il est productif sur les chantiers). Une entreprise « rentable » qui ne rémunère pas son dirigeant ne l'est pas.

Comment traiter les travaux en régie ? En régie, la marge se joue sur le taux horaire facturé et sur la facturation exhaustive des heures et fournitures. Le risque principal n'est pas le dérapage du budget mais l'oubli de facturation : chaque heure non pointée est perdue.

Et quand un chantier est déficitaire, on fait quoi ? D'abord comprendre le poste en cause : heures, achats, avenants non facturés, prix de vente trop bas. Un chantier perdu doit au moins corriger votre bibliothèque de prix, pour que le prochain devis du même type intègre la réalité constatée.