Gestion

Gérer sa trésorerie quand on est artisan : la méthode simple

Avoir du travail ne suffit pas à être payé à temps. Voici comment voir venir les trous de trésorerie, et les éviter.

MGMathis GaschardFondateur d'Aeon SystemsPublié le 4 min de lecture

La plupart des artisans qui mettent la clé sous la porte ne manquaient pas de clients. Ils manquaient de cash au mauvais moment. C'est toute la différence entre une entreprise rentable et une entreprise solvable : on peut gagner de l'argent sur le papier et ne plus pouvoir payer ses fournisseurs la semaine prochaine.

La trésorerie, ça se pilote. Il s'agit surtout de regarder les bons chiffres, au bon moment.

Rentable ne veut pas dire payé

Un chantier signé à 20 000 €, c'est du chiffre d'affaires. Tant que le client n'a pas viré l'argent, ce n'est pas de la trésorerie. Entre les deux, il peut se passer deux mois, et pendant ces deux mois, vous payez quand même vos salariés, vos matériaux et vos charges.

Le piège classique : regarder son carnet de commandes plein et se croire à l'abri. Ce qui compte, ce n'est pas ce que vous allez gagner, c'est ce que vous avez sur le compte et ce qui va y entrer ou en sortir dans les prochaines semaines.

Le seul tableau qui sert vraiment

Oubliez les modèles compliqués. Il vous faut une vue sur trois mois, semaine par semaine, avec deux colonnes :

  • ce qui doit entrer (factures que les clients vont régler, à leur date réelle, pas à la date d'émission) ;
  • ce qui doit sortir (salaires, matériaux, loyer, échéances de prêt, TVA, URSSAF).

À chaque ligne, vous voyez le solde prévisionnel. Le jour où il passe en négatif, vous le savez trois semaines à l'avance — assez tôt pour décaler un achat, relancer un client ou appeler la banque avant d'être dans le rouge.

Un exemple, pour que ce soit concret

Prenez un électricien, trois salariés. Il signe un chantier de 18 000 €, payé à la livraison. Pour le mener, il avance 6 000 € de matériel (réglés à 30 jours) et environ 9 000 € de salaires et charges sur deux mois. Sur le papier, le chantier dégage 3 000 € de marge : tout va bien.

Sauf que les sorties tombent en semaines 2 et 6, alors que l'encaissement n'arrive qu'en semaine 9. Pendant un mois, le compte plonge de plusieurs milliers d'euros — non pas parce que l'affaire est mauvaise, mais parce que l'argent sort avant d'entrer. Un acompte de 30 % à la signature, soit 5 400 €, aurait suffi à passer le creux sans découvert. C'est exactement ce qu'un prévisionnel montre avant que le problème arrive.

Les trois erreurs qui coûtent cher

Confondre chiffre d'affaires et trésorerie. Une grosse facture émise ne remplit pas le compte. Raisonnez toujours en dates d'encaissement réelles.

Oublier la TVA et les charges. La TVA que vous facturez ne vous appartient pas : vous la collectez pour l'État. Si vous la dépensez, vous aurez un trou le jour de la déclaration. Mettez-la mentalement de côté.

Ne pas anticiper les gros décaissements. Une échéance de prêt, un paiement de matériaux à 30 jours, la prime de fin d'année : ce sont des sorties connues à l'avance. Elles ne devraient jamais être une surprise.

Encaisser plus vite, le vrai levier

Réduire le délai entre le travail fini et le paiement reçu, c'est ce qui soulage le plus une trésorerie.

  • Demandez un acompte à la signature, surtout sur les gros chantiers. 30 % d'acompte, c'est 30 % de cash que vous n'avez pas à avancer.
  • Facturez à l'avancement plutôt qu'une seule fois à la fin. Un chantier de deux mois facturé en trois fois, c'est trois entrées d'argent au lieu d'une.
  • Relancez tôt, et sans état d'âme. Une facture impayée n'est pas un sujet gênant, c'est votre travail qu'on ne vous a pas payé. (On en parle dans Relancer les impayés sans perdre le client.)

Là où un logiciel aide

Tenir ce tableau à la main, ça marche un mois, puis on lâche. L'intérêt d'un logiciel de gestion, c'est qu'il connaît déjà vos factures émises, leurs échéances et les paiements reçus : la trésorerie prévisionnelle se met à jour toute seule, en temps réel. Vous ouvrez l'écran, vous voyez où vous en êtes et où vous allez. C'est exactement ce que fait StrucTime, pour que la question « est-ce que je passe le mois ? » ait toujours une réponse claire.