Factur-X, UBL, CII : quel format de facture électronique choisir ?
Trois formats sont autorisés par la réforme, les plateformes les convertissent entre eux, et pourtant le bon choix pour une TPE reste presque toujours le même. Voici pourquoi.
Dès qu'on ouvre un article sur la réforme de la facturation électronique, trois sigles surgissent : Factur-X, UBL, CII. La réglementation française autorise les trois. Les plateformes agréées savent convertir de l'un à l'autre. Et pour une TPE ou une PME, la réponse reste presque toujours Factur-X, pour une raison très concrète : c'est le seul des trois qu'un humain peut ouvrir et lire sans outil dédié.
Ce qu'est une facture structurée
Un PDF envoyé par email est une image. Votre comptable le lit, retape les montants, contrôle le SIREN, vérifie la TVA. Cette ressaisie existe depuis toujours, et c'est précisément ce que la réforme supprime.
Une facture structurée organise les mêmes informations dans un fichier lisible par une machine : numéro, date, identifiants de l'émetteur et du destinataire, lignes, montants, taux de TVA, échéance. Votre logiciel extrait, valide et enregistre sans intervention. Pas de faute de frappe sur un montant, pas de facture rapprochée au mauvais fournisseur.
Le principe n'a rien de neuf : l'EDI fait ça depuis les années 1980 dans l'industrie et la grande distribution. Ce qui change en 2026, c'est que le mécanisme descend jusqu'à l'entreprise d'une personne.
Les trois formats autorisés
| Format | Nature | Lisible à l'œil | Terrain de jeu |
|---|---|---|---|
| Factur-X | Hybride : PDF/A-3 avec XML CII embarqué | Oui, le PDF s'ouvre normalement | TPE, PME, artisans, la quasi-totalité des cas français |
| UBL | XML pur (Universal Business Language) | Non | Échanges Peppol, marchés publics européens, flux transfrontaliers |
| CII | XML pur (UN/CEFACT Cross Industry Invoice) | Non | EDI de grande volumétrie, supply chain internationale |
Factur-X, le format hybride franco-allemand
Factur-X a été construit conjointement par la France, via le FNFE-MPE, et l'Allemagne, via le FeRD, où il porte le nom de ZUGFeRD. Sa particularité tient en un fichier : un PDF/A-3 qui contient deux représentations de la même facture. La couche visible est un PDF ordinaire, que n'importe qui ouvre, imprime, archive. La couche embarquée est un XML au format CII, que les logiciels lisent directement. Modifier l'une sans l'autre invalide le document.
C'est ce double niveau qui compte au quotidien. Votre client reçoit quelque chose qui ressemble à une facture, son logiciel en extrait les données, et personne n'a changé ses habitudes. Sur un chantier, dans un atelier, chez un conducteur de travaux qui veut juste vérifier un montant, cette lisibilité n'est pas un détail cosmétique.
Factur-X se décline en profils, du plus pauvre au plus riche :
- Minimum : les seules données strictement obligatoires ;
- Basic WL : sans détail de lignes, pour des relevés ;
- Basic : lignes incluses, suffisant pour la plupart des outils comptables ;
- EN 16931 : le profil standard européen, le niveau courant ;
- Extended : le profil enrichi, requis dès qu'on entre dans les spécificités françaises et sectorielles.
UBL, le format du réseau Peppol
UBL 2.1 est un standard XML développé par OASIS. C'est le format qui circule sur Peppol, le réseau qui interconnecte les systèmes de facturation des administrations publiques européennes.
En France, UBL devient pertinent si vous avez des flux transfrontaliers récurrents dans l'Union, ou si votre système d'information est assez mature pour manipuler du XML brut. Sans rendu visuel : impossible à ouvrir tel quel, il faut un visualiseur ou un import.
CII, la syntaxe de l'ONU
CII est un standard XML de l'UN/CEFACT. C'est exactement le XML qu'on trouve à l'intérieur d'un Factur-X : les deux partagent la même syntaxe de données.
CII seul, sans l'enveloppe PDF, sert dans les échanges EDI massifs, là où aucun humain ne regarde jamais une facture. Pour une PME française, le choisir revient à perdre la lisibilité sans rien gagner en échange.
EN 16931, le socle commun
Les trois formats sont trois syntaxes qui portent le même modèle de données. Ce modèle, c'est la norme européenne EN 16931, publiée par le CEN en application de la directive 2014/55/UE.
EN 16931 fixe quels champs composent une facture, lesquels sont obligatoires, lesquels sont conditionnels, comment exprimer les montants, les taux de TVA, les devises, les références de commande. C'est le vocabulaire ; UBL, CII et Factur-X sont trois façons de l'écrire.
La conséquence pratique vous concerne directement : quand une plateforme agréée reçoit une facture UBL destinée à un client qui attend du Factur-X, elle convertit, parce que les deux portent les mêmes champs normalisés. L'interopérabilité est garantie par l'architecture de la réforme, pas par votre logiciel. Vous n'avez pas à savoir ce qu'utilise votre client, ni à le lui demander. Le vocabulaire complet de la réforme reprend chacun de ces termes en une phrase.
Quel format pour quel profil
TPE, artisan, prestataire de services, commerce. Factur-X, profil EN 16931, ou Basic si votre logiciel n'est pas encore au niveau supérieur. Ces deux profils couvrent la facturation standard sans exception notable, et vos équipes continuent de voir une facture.
BTP et travaux. Factur-X profil Extended. C'est le seul qui encode nativement la retenue de garantie, la sous-traitance loi 1975, l'avancement de travaux, la révision de prix et l'autoliquidation de TVA. Avec un profil plus pauvre, ces champs légaux n'ont nulle part où aller, et la facture part incomplète ou se fait rejeter. Le détail des cas BTP est traité dans facturation électronique dans le BTP.
Clients ou fournisseurs européens réguliers. Factur-X reste votre format d'émission. La conversion vers Peppol est le travail de votre plateforme. Passer à UBL en émission ne se justifie qu'avec un volume international important et une équipe technique pour le porter.
Grande entreprise avec un EDI en place. Vous êtes déjà en CII ou UBL. La mise en conformité EN 16931 est un projet de mapping, à traiter avec votre intégrateur.
Ce qu'il faut vérifier dans votre logiciel
Si votre outil est prêt pour la réforme, vous n'avez pas à choisir le format vous-même : il le fait. Reste à vérifier qu'il le fait bien.
Quel profil Factur-X sort de votre logiciel ? Basic suffit dans le cas général, Extended est indispensable en BTP. Un éditeur qui répond « on fait du Factur-X » sans préciser le profil n'a pas répondu.
La conversion de format est-elle assurée ? Une plateforme agréée correctement implémentée doit livrer votre facture dans le format attendu par le destinataire, quel qu'il soit. C'est une de ses fonctions de base, pas une option.
L'archivage est-il probant ? Une facture électronique relève de deux délais : six ans côté fiscal (article L. 102 B du LPF), dix ans côté commercial (article L. 123-22 du code de commerce), avec intégrité garantie sur toute la durée. Le Factur-X porte une signature dans le PDF/A-3, mais l'archivage long terme est parfois facturé à part. Autant le vérifier au contrat plutôt qu'au contrôle.
Questions fréquentes
Un PDF classique par email reste-t-il valable ? Plus entre entreprises françaises assujetties, une fois l'obligation d'émission entrée en vigueur pour l'émetteur : septembre 2026 pour les grandes entreprises et ETI, septembre 2027 pour les TPE et PME. Un PDF sans couche structurée ne permet plus à votre client de justifier sa déduction de TVA.
Mon client utilise UBL et moi Factur-X, problème ? Non. La conversion et le routage entre plateformes sont prévus par l'architecture de la réforme. Vous émettez dans votre format, votre client reçoit dans le sien.
Factur-X fonctionne-t-il hors de France ? En Allemagne oui, c'est le même standard sous le nom ZUGFeRD. Ailleurs en Europe, UBL sur Peppol domine, et c'est votre plateforme qui fait le pont.
Peut-on modifier un Factur-X après émission ? Non. Le PDF/A-3 et son XML forment un ensemble scellé. Pour corriger, vous émettez un avoir qui référence la facture d'origine, comme sur le papier, mais avec une traçabilité opposable.
Mon éditeur dit qu'il « gère la facturation électronique », ça suffit ? Pas nécessairement. Trois contrôles concrets : le XML produit passe-t-il un validateur EN 16931, l'outil est-il relié à une plateforme immatriculée, et les statuts de cycle de vie remontent-ils dans votre logiciel. Sans les trois, la phrase ne veut pas dire grand-chose. Ce qui arrive quand un de ces maillons manque est décrit dans facture rejetée, que faire.
Le choix se résume à une ligne
Factur-X profil EN 16931 pour la plupart des entreprises, profil Extended pour le bâtiment. Le reste est du travail de plateforme, et il ne devrait jamais remonter jusqu'à vous. Dans StrucTime, le profil est choisi selon le type de document et le format part conforme sans réglage, y compris sur une situation de travaux avec retenue de garantie.