Conformité

FEC : ce que c'est, comment le produire, et pourquoi votre logiciel doit savoir le faire

Trente secondes suffisent à savoir si votre logiciel produit un FEC conforme. Sans lui, l'amende démarre à 5 000 €, et la sincérité de la comptabilité entre dans la discussion.

MGMathis GaschardFondateur d'AEON SystemsPublié le · Mis à jour le 6 min de lecture

Si vous tenez une comptabilité informatisée, et c'est le cas de presque toutes les entreprises françaises, l'administration fiscale peut exiger votre fichier des écritures comptables. Pas de FEC produit, ou un FEC mal formé : l'amende démarre à 5 000 €, et la conversation glisse vite vers la sincérité de votre comptabilité, ce qui est un tout autre sujet.

Le test qui vous dit où vous en êtes prend trente secondes. Autant le faire aujourd'hui plutôt que le jour de l'avis de vérification.

D'où vient l'obligation

Article L. 47 A, I du Livre des procédures fiscales, en vigueur depuis le 1er janvier 2014. Toute entreprise tenant une comptabilité informatisée doit remettre, dès le début d'une vérification, un fichier normalisé reprenant l'ensemble des écritures de l'exercice contrôlé.

Le format est fixé par l'arrêté du 29 juillet 2013, codifié à l'article A. 47 A-1 du LPF. Il n'a pas bougé depuis : un export conforme en 2018 l'est toujours.

Une précision qui surprend beaucoup de dirigeants : une comptabilité tenue sur tableur est une comptabilité informatisée. L'administration le retient sans ambiguïté, et l'obligation de FEC s'applique donc aussi. La difficulté, c'est qu'un tableur ne produit à peu près jamais un fichier conforme, ce qui transforme une tenue « provisoire » en risque réel dès qu'un contrôle arrive.

Ce que contient le fichier

Un fichier texte, une ligne par écriture, dix-huit colonnes obligatoires, dans cet ordre :

#Colonne#Colonne
1JournalCode10PieceDate
2JournalLib11EcritureLib
3EcritureNum12Debit
4EcritureDate13Credit
5CompteNum14EcritureLet
6CompteLib15DateLet
7CompAuxNum16ValidDate
8CompAuxLib17Montantdevise
9PieceRef18Idevise

Les valeurs sont normées : dates au format AAAAMMJJ, séparateur tabulation, encodage attendu. Un écart de format sur une seule colonne invalide le fichier entier, sans message d'avertissement de la part de votre logiciel.

Le test qui prend trente secondes

Exportez le FEC d'un exercice clos depuis votre logiciel, puis passez-le dans le validateur public de la DGFiP : test-comptabilites.dgfip.finances.gouv.fr. C'est gratuit et le fichier n'est pas transmis à l'administration.

Trois issues possibles.

Conforme : le format tient, vous êtes tranquille sur ce point.

Conforme avec remarques : la structure passe, mais des écritures paraissent douteuses (déséquilibres, dates incohérentes). Ce n'est pas bloquant, c'est une liste de sujets à regarder avant qu'un vérificateur ne les regarde pour vous.

Non conforme : problème de format majeur. À traiter tout de suite, soit en corrigeant les paramètres d'export, souvent une question d'encodage ou de séparateur, soit en changeant d'outil.

Les cinq erreurs qu'on retrouve le plus

L'encodage. Un export en ISO-8859-1 quand l'UTF-8 est attendu, et tous vos accents deviennent des caractères invalides. C'est un paramètre, pas une fatalité.

Le séparateur. La tabulation est le séparateur recommandé. Un export CSV à la virgule casse dès qu'un libellé d'écriture contient une virgule, ce qui arrive au bout de trois lignes.

Un plan comptable qui a pris du retard. Le Plan comptable général a été refondu par le règlement ANC 2022-06, applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Des numéros de compte hérités d'un plan maison ou d'une version antérieure attirent l'attention, et l'administration peut y voir un défaut de sincérité plutôt qu'une négligence.

Des écritures déséquilibrées. Débits et crédits doivent s'égaler. Un centime d'écart sur un arrondi de TVA suffit à faire tomber l'écriture. Les logiciels sérieux passent l'écart sur un compte prévu à cet effet plutôt que de le laisser traîner.

Des dates de validation incohérentes. La date de validation doit être postérieure ou égale à la date d'écriture. Si ce contrôle saute, c'est presque toujours parce que des écritures ont été modifiées après clôture, ce qui est précisément la pratique que le FEC est censé rendre visible.

Combien de temps le conserver

Dix ans à compter de la clôture de l'exercice, en cohérence avec les obligations de conservation des documents comptables et l'article L. 102 B du LPF. La conservation numérique est admise, à condition que le fichier reste intègre et lisible ; elle est de toute façon préférable, puisqu'un contrôle demande une production rapide.

Cette conservation ne remplace pas celle des pièces qui sourcent les écritures. C'est un point qui prend du poids avec la réforme : à partir de septembre 2026, une part croissante de vos factures fournisseurs arrivera sous forme de fichiers structurés, à archiver dans les règles. Le guide de la facturation électronique reprend cette obligation d'archivage, distincte de la transmission mais qui porte sur les mêmes documents.

Ce qui se passe pendant un contrôle

L'avis de vérification de comptabilité s'accompagne d'une demande de FEC, remis dès le début des opérations. En pratique, un délai supplémentaire s'obtient sur demande argumentée, mais il se demande, il ne se prend pas.

Le vérificateur charge ensuite votre fichier dans ses outils d'analyse, qui repèrent automatiquement les anomalies courantes : écritures rondes, ratios inhabituels, marges atypiques, séquences de numérotation trouées. Ce que la machine remonte devient l'ordre du jour du contrôle. Un FEC propre ne vous garantit rien, mais un FEC sale choisit les sujets à votre place.

Sur les sanctions : l'article 1729 D du CGI prévoit une amende de 5 000 €, portée à un montant supérieur en cas de rectification (10 % des droits mis à la charge de l'entreprise si ce montant est plus élevé). L'amende s'applique au défaut de présentation comme à la présentation d'un fichier non conforme. À quoi s'ajoute, dans le second cas, la remise en cause possible du caractère probant de la comptabilité, avec reconstitution du chiffre d'affaires si le vérificateur estime les écarts structurels.

Questions fréquentes

Mon comptable produit le FEC à ma place ? Oui, si vous lui avez confié la tenue. Vous restez juridiquement responsable de sa production. Demandez-lui le résultat du validateur une fois par an et conservez-le.

Je suis auto-entrepreneur, suis-je concerné ? Non. Le régime micro n'impose pas de comptabilité en partie double : un livre des recettes, et un registre des achats en cas de vente de marchandises, suffisent.

Le FEC contient-il la TVA et l'analytique ? La TVA oui, via les comptes 445. L'analytique par chantier, projet ou département reste hors du format normalisé.

Puis-je corriger une écriture validée ? Non. Une écriture validée est intangible. La correction passe par une contrepassation puis une écriture juste. Un logiciel qui vous laisse modifier une écriture close a un problème de conception, et il finira par vous le faire payer sur le contrôle des dates de validation.

Je change de logiciel, que devient l'historique ? C'est exactement le cas où le FEC vaut de l'or : c'est le format d'export normalisé qui rend une migration possible sans perdre l'antériorité. La question à poser avant de signer avec un éditeur est traitée dans comment choisir son logiciel de gestion.

Le réflexe à prendre cette semaine

Exportez, validez, archivez le rapport. Si le fichier passe, vous avez une preuve datée que votre chaîne comptable est propre. S'il échoue, vous venez de gagner plusieurs mois sur un problème qui, découvert pendant un contrôle, se règle beaucoup moins bien.

Dans StrucTime, le FEC sort de l'export standard, sans paramétrage particulier, et l'export reste disponible que vous restiez ou non. C'est le critère de réversibilité le plus simple à vérifier chez n'importe quel éditeur : demandez le fichier, passez-le au validateur.