Gestion

Rentabilité par client : qui vous fait vraiment gagner de l'argent

Le plus gros client n'est pas toujours le plus rentable. Sans mesurer la marge par client, on entretient parfois à perte celui qui pèse le plus dans le chiffre d'affaires. Voici comment savoir qui rapporte, et qui coûte.

MGMathis GaschardFondateur d'AEON SystemsPublié le 4 min de lecture

La plupart des dirigeants connaissent leurs meilleurs clients au chiffre d'affaires. Peu savent lesquels sont les plus rentables. Or ce n'est pas la même chose. Le gros client qui négocie chaque prix, exige des délais serrés, multiplie les demandes de dernière minute et paie en retard peut mobiliser énormément de ressources pour une marge finale médiocre. Pendant ce temps, un petit client discret et régulier dégage peut-être la meilleure marge de tout le portefeuille.

Mesurer la rentabilité par client, c'est cesser de piloter au volume pour piloter à la marge.

Pourquoi le chiffre d'affaires ment

Le chiffre d'affaires par client est facile à sortir, et c'est précisément ce qui le rend trompeur. Il additionne ce qui rentre, jamais ce qu'il a fallu dépenser pour l'obtenir. Deux clients à 30 000 € de chiffre d'affaires annuel peuvent avoir des profils opposés :

  • le premier commande simplement, accepte les prix, paie à l'échéance ;
  • le second exige des devis refaits trois fois, des interventions non prévues, des relances de paiement à répétition.

Au chiffre d'affaires, ils sont identiques. À la marge réelle, l'un porte l'entreprise et l'autre la freine. Sans mesure, rien ne les distingue, et on traite souvent le second avec plus d'égards, puisqu'il « pèse » autant.

Ce qu'il faut compter pour de vrai

La rentabilité d'un client se calcule comme celle d'un chantier, mais agrégée sur l'ensemble de la relation. On rapproche, sur une période :

  • ce que le client a facturé et réglé ;
  • le coût direct de ce qu'on lui a livré (matières, heures, sous-traitance) ;
  • les coûts moins visibles qu'il génère : temps commercial passé en devis et allers-retours, interventions gratuites, retards de paiement qui pèsent sur la trésorerie.

Ce dernier bloc est celui qu'on oublie, et c'est souvent lui qui fait basculer un client de rentable à déficitaire. Un client qui paie à 90 jours immobilise votre trésorerie bien plus qu'un client à 30 jours, même à marge égale, comme le rappelle le suivi du délai de paiement.

Ce qu'on décide une fois qu'on sait

Connaître la marge par client ne sert pas à écarter les moins rentables, mais à agir en connaissance de cause :

  • Renégocier les conditions d'un gros client peu margé, plutôt que de le subir. Un prix, un délai de paiement, un cadrage des demandes hors devis.
  • Choyer les clients discrets et rentables, qui sont le socle silencieux du résultat.
  • Cadrer les demandes qui débordent : ce qui n'était pas au devis se facture, faute de quoi la marge s'évapore en gestes commerciaux répétés.
  • Orienter la prospection vers les profils qui ressemblent à vos clients rentables, pas seulement vers les gros volumes.

Le rendre lisible sans y passer ses journées

Ce calcul semble lourd, il ne l'est que si les données sont éparpillées. Quand les devis, les heures, les achats et les factures d'un client vivent dans le même système, la marge par client devient une vue qu'on ouvre, au même titre que la marge par chantier. On voit d'un coup qui rapporte, qui coûte, et pourquoi. C'est ce que restitue StrucTime, en rapprochant pour chaque client ce qu'il facture et ce qu'il consomme réellement, temps et achats compris.

Questions fréquentes

Le plus gros client est-il le plus important ? Au chiffre d'affaires, oui. À la marge, pas nécessairement. Un gros client très exigeant et payant tard peut être moins profitable qu'un client moyen simple et régulier. C'est la marge, pas le volume, qui mesure l'importance réelle.

Comment intégrer le temps commercial dans le calcul ? En estimant les heures passées en devis, relances et échanges hors production, valorisées à leur coût. Ce temps invisible est souvent ce qui distingue un client rentable d'un client qui ne l'est pas, à chiffre d'affaires égal.

Faut-il refuser un client non rentable ? Rarement d'emblée. Mieux vaut d'abord comprendre pourquoi il l'est peu, puis agir : renégocier le prix, revoir le délai de paiement, facturer ce qui déborde du devis. Beaucoup de clients déficitaires cessent de l'être une fois ce cadrage posé.

À quelle fréquence regarder la rentabilité par client ? Une revue une à deux fois par an suffit pour la majorité des TPE, avec un coup d'œil plus fréquent sur les plus gros comptes. L'essentiel est que la donnée soit disponible sans reconstitution manuelle.